BEETHOVEN À LA COLONNE, LES YEUX FERMÉS

Émile-Antoine BOURDELLE

Platre signé « A. Bourdelle », dédicacé “…uis Disp…” (vraisemblablement pour Louis Dispan de Floran) et  porte l’inscription sur le socle “ mon domaine c’est l’air quand le vent se lève mon âme tourbillonne”.
Circa 1901.

Hauteur : 61 cm – 2 ‘ 0″ in.
Profondeur : 34 cm – 1′ 1³/₈ » in.
Largeur : 29 cm – 0’ 11³/₈ » in.

Bibliographie : DUFET (Michel), Le drame de Beethoven vécu par Bourdelle, Paris, 1966; KAISER (Dorothea), «L’Orchestre silencieux» d’Antoine Bourdelle (1861-1929) : Les sculptures de Beethoven, La revue du Louvre et des musées de France, n° 5/6, décembre 1995, p. 91 à 106.

Description

Beethoven a véritablement exercé une fascination quasi-obsessionnelle sur Bourdelle, tant pour le personnage, enfermé dans sa surdité, que pour la puissance de sa musique qu’il découvre assez jeune. Il partage avec lui le front haut, le regard de feu et la coiffure. L’identification physique ne tarde pas à devenir artistique. Ainsi, dès 1888 et jusqu’à sa mort, il lui consacre quelque quatre-vingts effigies sculptées en bronze, pierre, terre ou plâtre, qui sont comme autant d’autoportraits déguisés, et où l’expression du visage varie avec une impressionnante sensibilité.

Pour ce faire il s’est inspiré d’une empreinte prise sur le vif par le sculpteur autrichien Franz Klein en 1812. Cette empreinte exigeait que les yeux et la bouche de Beethoven fussent protégés et que ce dernier respirât au moyen de tuyaux insérés dans le nez. Le plâtre original, conservé dans la maison natale de Beethoven à Bonn, a donné lieu à de nombreuses épreuves, ce qui explique la très large diffusion du portrait dont Bourdelle avait lui-même acquis un exemplaire. Ces différentes effigies sont déclinées au fil du temps de plusieurs façons : masque, buste ou encore tête, qui présentent elles-mêmes des variantes : yeux fermés ou ouverts, avec peu ou beaucoup de cheveux, avec jabot, avec une main, deux mains ou encore la joue appuyée sur une main…

Notre modèle en plâtre se présente, lui, de manière frontale, les yeux fermés sur un socle prismatique permettant d’asseoir de façon structurée la figure dans l’espace. La présentation de ce buste est cependant tourmentée dans le traitement de la chevelure, le plissement du front et la contraction des mâchoires. Elle témoigne encore de l’influence de Rodin même si un souci de simplification formelle révèle déjà les nouvelles orientations de l’artiste. Ce modèle dit Beethoven à la colonne, yeux fermés a été conçu dans les années 1901-1902. Il existe aussi avec une variante yeux ouverts.

Notre exemplaire est dédicacé, comme bien souvent, puisque Bourdelle avait l’habitude d’offrir ces épreuves en plâtre à ses proches. On peut clairement lire « uis Disp ». Il s’agit en l’espèce, vraisemblablement, de la famille Dispan de Floran, en particulier de Louis Dispan de Floran, avec lequel Bourdelle était très lié et dont on sait, par une photographie d’époque et par des écrits, qu’il possédait un Beethoven à la colonne.

Sur le socle de notre modèle figure encore une inscription : « mon domaine c’est l’air quand le vent se lève mon âme tourbillonne ». Il s’agit de la reproduction d’une des citations de Beethoven que Bourdelle a sans doute retrouvée dans ses cahiers de conversation, puisque Bourdelle compile méthodiquement tous les documents qui concernent le musicien.

Le Musée Bourdelle possède un exemplaire en plâtre en tous points similaire au nôtre à l’exception, évidemment, de la dédicace. Tous ces modèles en plâtre sont des études qui n’ont jamais été fondues en bronze du temps de Bourdelle mais qui ont abouti à la tête de Beethoven dite Hébrard, dont un exemplaire est conservé au Musée Bourdelle.

(Nous tenons à remercier Mme Valérie Montalbeti et M. Colin Lemoine, conservateurs au Musée Bourdelle, pour les précieuses informations qu’ils nous ont données).

Ce dernier présente actuellement une nouvelle exposition sur ce thème jusqu’au 17 décembre 2021 : Bourdelle devant Beethoven.

Si Bourdelle a régulièrement exposé ses Beethoven, la première rétrospective sur le sujet a eu lieu en 1951 à Bonn et dans quelques villes allemandes tandis que la seconde se tint au Musée Bourdelle en 1970