PAUL ET VIRGINIE (1884)

Charles Adrien Prosper D’ÉPINAY

Bronze à patine brun noir, signé « P. d’Épinay ».
Fonte de Barbedienne.
Porte l’inscription du fondeur.

H. 70 x L. 30 x P. 26 cm

Circa 1890

Bibliographie : Patricia Roux Foujols, Prosper d’Épinay (1836-1914). Un mauricien à la cour des princes, Île Maurice, 1996, pp. 52-53.

Description

Paul porte Virginie dans ses bras, tandis qu’elle se réfugie sur son épaule, en inclinant sa tête gracieuse. Pour sculpter les traits de ce beau visage d’adolescente,  Prosper d’Épinay, natif lui-même de l’Ile Maurice, prit pour modèle une jeune créole,  Louise Koenig.  Paul, le visage concentré, les jambes du pantalon retroussées, apparaît courageux et protecteur. La délicatesse d’exécution de l’ensemble nous fait sentir le frémissement de la chair, la terreur délicieuse de Virginie devant le danger du torrent que les deux jeunes gens s’apprêtent à traverser. D’Épinay exacerbe l’effroi de la jeune fille par le tourbillon des plis de sa robe qui semble s’envoler avec elle. Dans cette œuvre pleine de tendresse et de poésie, le sculpteur a su traduire la vigueur des corps, la robustesse de Paul, la gracilité et la nonchalance de Virginie. Le superbe élan vertical de la composition s’équilibre par les diagonales successives des bras agrippés et des deux visages savamment superposés. Mais, mieux encore le sculpteur nous laisse percevoir les sentiments encore confus des deux adolescents, la sincérité de leur amour naissant, mais aussi leur inquiétude face au péril de la situation, forme de présage du drame à venir : la disparition de Virginie dans le naufrage du navire qui la ramena sur l’île. Dans un premier temps, D’Épinay songea à représenter « le moment dramatique où Paul retrouve et soulève, fou de douleur, le cadavre de Virginie. Ce serait splendide ! Quelle belle étude de nu ! Quelle délicieuse forme de femme, quel joli mouvement »…

Finalement, à la demande de ses commanditaires, il dut choisir le passage du livre où Paul aide Virginie à passer la rivière, en la portant dans ses bras : « Paul prit Virginie sur son dos et passa, ainsi chargé, sur les roches glissantes, malgré le tumulte des eaux. » C’est en effet en 1881 que la colonie mauricienne, par l’intermédiaire de la municipalité de Port-Louis, commanda à Prosper d’Épinay un groupe de Paul et Virginie taillé dans le marbre, qu’il réalisa en 1884. Pour des raisons financières, cette sculpture ne fut pas vendue à la colonie, mais acquise en 1886, par un amateur portugais, le Marquis da Foz. Suite à ce différend, la municipalité de Saint-Louis, en 1887, passa une nouvelle commande d’une réduction en marbre, inaugurée le 22 octobre 1889, et conservée de nos jours à la Municipalité de Port-Louis. Le sculpteur réalisa au total quatre versions en marbre de ce sujet qui lui tenait à cœur, ainsi que plusieurs sculptures (plâtres, bronzes, terres cuites) de tailles différentes. Ce modèle compte, avec la Ceinture dorée (1874) et Marie de Rolla (1884) – véritables odes à la beauté féminine-, parmi les œuvres les plus spectaculaires et poétiques de la carrière de Prosper d’Épinay.