SALOMÉ (VERS 1912)

Jules DESBOIS  

Bronze à patine brun nuancé, signé et numéroté «J. Desbois/N°5»
Fonte Hébrard. Porte le cachet du fondeur « CIRE PERDUE A.A. HEBRARD ».
Porte un numéro de collection à la peinture rouge « 1031. AR. » et une étiquette portant le même numéro.
Étiquette de collection  « Bn R de Rothschild »
H. 48,5 x L. 27 x P. 12,5 cm
Circa 1915

Provenance : Collection Robert de Rothschild, puis par descendance.
Seulement 6 bronzes numérotés répertoriés à ce jour. 

Œuvres en rapport : Modèle en marbre, Musée d’Orsay RF 2475 avant 1912, H. 71.8 – L. 40.5 – P. 18; Modèles en bronze RF 3194, fonte Hébrard, n°2 H. 48.8 – L.26.5 – P. 11.8 cm (statuette attribuée au Musée du Luxembourg en 1912 et entrée en 1913 ; Musée de Parçay-les-pins, PR 2014.1.1, fonte Hébrard, n°8 H. 47.7, l. 12.5, L. 28 ; Musée National de Bellas Artes de Buenos Aires, fonte Hébrard n°12, H. 47 – L. 27 – P. 14 cm. On connaît également le n°3 (collection privée) et le n°4 (ancienne collection Ginepro).Plâtre patiné, Petit Palais Musée des Beaux-arts de la Ville de Paris (inv. PPS1070) Terre cuite, Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne (Inv. 181) H. 44,8 – L. 24,3 – P.10,3 cm

Bibliographie : Nathalie Bondil, « Jules Desbois sculpteur moderne », L’Objet d’art, juin 2021, p. 60 à 69, exemplaire n°8 reproduit p. 68 ; Raymond Huard, Maillot Pierre, Jules Desbois Sculpteur, Paris, 2000, p. 108-109 référencé n°51 modèle en plâtre reproduit. Pierre Kjellberg, Les bronzes du XIXe siècle, Paris, 1987, exemplaire n° 4, reproduit p. 284 ; A. Lenormand-Romain, « Jules Desbois », Rodin en el Museo Nacional de Bellas Artes, Buenos Aires,2001, p. 116 et 117, modèle n°12 reproduit ; Véronique Wiesinger, « Jules Desbois (1851-1935), sculpteur de talent ou imitateur de Rodin ? », Bulletin de la Société d’Histoire de l’Art français, Paris 1987, p. 315 –330 ; Florian Stalder, Jules Desbois l’élan dans le marbre, Carnets d’Anjou, Nantes, 2023 p. 80 et 81.

 

 

 

Description

 

Au tout début du XXe siècle, Jules Desbois, qui ne s’intéressait jusque là qu’à la sculpture, se tourne désormais aussi vers l’art décoratif, sans doute en raison de son passage à la Manufacture de Sèvres. Il se met dès lors à produire un grand nombre de statuettes en même temps  qu’il se réfère aussi plus formellement à l’Antiquité. Notre Salomé « véritable Vénus de Milo dansant » en est une illustration, surtout dans la variante qu’il fait amputée de ses bras  (Carnets d’Anjou, cit. supra p. 80). Ce sujet, la danse de Salomé, étant aussi associé au thème de la femme fatale, connaît une vogue sans précédent dans les arts au tournant du XXe siècle, et ce dans tous les domaines. Il permet dès lors à Desbois d’exprimer, en plus de son intérêt pour l’Antiquité, son goût immodéré pour le corps de la femme.

Dans une composition hélicoïdale très dynamique, la jeune princesse juive danse devant Hérode et dévoile une partie de son corps qu’un voile drappe encore à mi-jambe, à la manière antique. Elle permet un jeu de courbes et de contre-courbes d’une grande sensualité, qui sera largement repris pour d’autres modèles (Sapho, Phryné…) ou pour des objets plus décoratifs (miroir). Comme beaucoup de ses contemporains marqués par la danseuse Loïe Fuller, Jules Desbois cherche aussi à traduire les mouvements de la danse en sculpture. Le modelé de notre sculpture tout en étant puissant reste souple et subtil. Il est empreint d’un réalisme saisissant et d’une grande douceur qui traduit tout l’amour du sculpteur pour sonmodèle, probablement Alda Moreno, une danseuse de l’Opéra Comique qui avait déjà posé pour le sculpteur dans des œuvres telles que Sappho (1907), Alda Moreno (1910) et qui était vraisemblablement sa compagne.

Le modèle existe en marbre, en plâtre patiné, en terre cuite et en bronze comme dans le cas de notre exemplaire. Jules Desbois a confié la fonte à Aurélien-Adrien Hébrard. A ce jour on sait que douze exemplaires de ce modèle ont été réalisés mais seulement six ont pu être identifiés (les numéros 2, 3, 4, 5 – le nôtre –, 8 et 12).

Notre exemplaire porte le n°5 et provient de la collection du baron Robert de Rotschild. Il porte également à deux reprises un n° de collection 1031 AR, l’un peint en rouge et l’autre mentionné sur une étiquette qui désigne sans doute l’appartenance à Alain de Rothschild, fils de Robert. La sculpture a peut-être été achetée directement par la famille à l’artiste.