Description
Le Masque de la Mort occupe une place singulière dans l’œuvre de Jules Desbois.
Sa genèse est étroitement liée à une figure récurrente de son imaginaire : celle de la mort personnifiée dont la contemplation de l’extrême laideur doit permettre la libération de l’angoisse qu’elle provoque. Le modelage de ce masque aux traits creusés et aux chairs affaissées reprend directement l’esthétique réaliste et humaine développée dans La Mort et le Bûcheron, groupe qu’il présente en 1890 au premier Salon National des Beaux-Arts et qui va révéler au public le talent de l’artiste. L’allégorie de la mort prend les traits d’une vieille femme décharnée, figure qu’il utilise aussi dans La Misère, exposée en 1894, dont les pommettes saillantes, le rictus édenté et les orbites creuses se retrouvent sur notre masque.
En modelant ainsi la déchéance humaine, Jules Desbois s’insère dans le courant de la sculpture expressive initié par Rodin, qu’il rencontre en 1878, tous deux travaillant à la décoration du Palais du Trocadéro, puis à nouveau et surtout en 1884 lorsqu’il devient son collaborateur.
C’est en 1893 qu’il expose pour la première fois un Masque de la mort en étain. Illustrant son goût pour le fragment, probablement hérité de Rodin et peut-être également d’un manque d’imagination, le masque renvoie également, inéluctablement, au masque mortuaire. Il connait par ailleurs en cette fin de XIXe siècle un succès exceptionnel avec la découverte des masques de théatre Nô japonais et les recherches que poursuit le céramiste Jean Carriès avec ses masques d’horreur en grès.
C’est un matériau que ce dernier affectionne particulièrement pour les possibilités d’expression qu’il offre en jouant sur les différents types de glaçure. Or à cette époque, vers 1890-1894, Jules Desbois et Jean Carriès se fréquentent et entretiennent des liens amicaux. Mais c’est à l’élève de Carriès, le céramiste Paul Jeanneney, que Desbois s’adresse pour transposer en grès son Masque de la mort dans les années 1903-1904. En effet, parmi les quelques exemplaires connus certains portent la signature des deux artistes ainsi que la date de 1903 (Zimmerli Art Museum) ou 1904 (collection privée, vente Sotheby’s 2023) et parfois la précision St Amand, pour Saint-Amand-en-Puisaye, lieu probable de production de ces masques où Paul Jeanneney a son atelier.
Notre exemplaire est revêtu d’un émail brun clair nuancé de vert bile qui renforce l’angoisse de son expression. Il portait aussi une ancienne étiquette présentant la signature de Rodin. Il se trouve que Paul Jeanneney à la même période réalise pour Rodin la Tête de Balzac en grès. Est-ce une erreur d’attribution ou est-ce une ancienne étiquette d’exposition à laquelle auraient participé les deux artistes ? Elle souligne en tout cas une nouvelle fois les liens qui les unissaient.
Aux confins de la sculpture et des arts décoratifs, cette rare œuvre emblématique du symbolisme témoigne aussi de la volonté typique de la période de fusionner les arts et de réconcilier création artistique et artisanat.









