Description
Figure majeure de la sculpture animalière du XXᵉ siècle, Édouard-Marcel Sandoz fonde son œuvre sur une observation attentive du monde animal et une connaissance approfondie des matériaux. Dans la dernière partie de sa carrière, il s’oriente vers une représentation de plus en plus réaliste, s’éloignant de la simplification des masses et de la stylisation des volumes qui avaient marqué certaines de ses productions antérieures. Genette et serpent, réalisée vers 1955, appartient à cette période de maturité, au moment où l’artiste affirme son attachement à la statuaire figurative face à l’essor de l’abstraction. L’œuvre témoigne d’un équilibre maîtrisé entre naturalisme, sens de la forme et modernité plastique.
La sculpture est réalisée en taille directe dans un tronc d’olivier, bois dense et difficile à travailler mais que Sandoz apprécie pour ses qualités expressives autant que pour sa dimension symbolique. Fidèle à son approche, l’artiste ne cherche pas à contraindre la matière mais à en révéler les potentialités plastiques. Les courbes naturelles, les nœuds et les aspérités du bois orientent la composition, tandis que l’alternance entre parties sculptées et zones laissées à l’état brut confère à la branche un rôle pleinement constitutif de la scène qui, au-delà de celui de simple support, voit la rencontre d’une genette et d’un serpent.
Si les reptiles occupent une place récurrente dans l’œuvre de Sandoz, la genette y apparaît de manière exceptionnelle. L’artiste n’en a réalisé que quatre modèles, tous issus de sa dernière période de création. Cela s’explique sans doute par la présence de l’animal à cette époque dans l’atelier parisien de l’artiste, rue d’Alésia.
L’animal est représenté avec une grande justesse anatomique. Son corps étiré et tendu traduit un état de vigilance extrême face au serpent enroulé à l’autre extrémité de la branche. L’affrontement, suggéré plutôt que montré, demeure silencieux et suspendu, conférant à l’œuvre une intensité dramatique contenue, fondée sur la seule tension des formes et des postures. Le serpent joue un rôle essentiel dans l’équilibre de la composition. Sa forme en spirale introduit un mouvement circulaire qui contrebalance l’élan horizontal du bois et accentue la tension de la scène.
Le traitement sculptural associe des zones d’une grande finesse – notamment la tête, le museau, les oreilles et les pattes de la genette – à des parties volontairement plus brutes, où la texture naturelle du bois reste visible et sert à marquer le pelage et la peau des deux antagonistes. Ce contraste affirme une esthétique moderne, affranchie de tout académisme, dans laquelle la fidélité au matériau dialogue avec la précision de l’observation scientifique. Sandoz transpose ici son étude du vivant en une forme synthétique et essentielle.
Cette pièce unique en bois n’était connue que par des archives photographiques familiales. Il s’agit donc d’une découverte exceptionnelle, d’une œuvre de surcroît non reproductible qui occupe une place singulière dans la production de Sandoz. Les sculptures en bois sont en effet beaucoup plus rares et révèlent une dimension plus intime de sa pratique, fondée sur le dialogue direct avec la matière et la spontanéité du geste.
Cette œuvre s’impose ainsi comme un témoignage majeur de la liberté créatrice de Sandoz et de sa contribution à la modernité de la sculpture animalière du XXᵉ siècle.
















