Description
Quelle audace après Barye de s’attaquer au Lion marchant ! Mais la vision simplificatrice, stylisée et géométrique de Gaston Le Bourgeois n’a rien à voir avec le réalisme expressif et violent du père de la sculpture animalière. Au contraire, Gaston le Bourgeois travaille par découpage et superpositions de plans et de formes pour construire les volumes et faire apparaître dans toute la plénitude de sa force dominatrice le roi des animaux marchant d’une allure massive et calme.
C’est en suivant son propre père, tailleur de pierre pour les monuments historiques, que Gaston Le Bourgeois apprend le métier de sculpteur. Il se spécialise ensuite dans la réalisation de sculptures en relief ou en ronde-bosse qui s’intégrent à la décoration intérieure. Souvent comparé aux imagiers médiévaux, dont il adopte la truculence, il s’intéresse de préférence aux sujets animaliers qu’il traite de manière moderne, avec une grande sobriété et un sens aigu de la synthèse, en adaptant son travail à la place et à la destination de l’œuvre. Il travaille divers matériaux comme la pierre, l’ivoire, et même le ciment ou la feuille de plomb, mais c’est le bois qu’il préfère, surtout le bois dur, exotique ou indigène, comme le noyer dont est fait notre Lion marchant.
Le même modèle, mais entièrement en ronde-bosse, est connu dans une version en merisier et en bronze dont un exemplaire avait été acheté par un industriel du textile, François Ducharne. Il avait vocation à meubler la salle à manger de son hôtel particulier, construit par Pierre Patout dans le 16e arrondissement de Paris et achevé en 1925. Il était présenté en 1926 sur l’argentier réalisé par Emile Ruhlmann.
Selon le petit-fils de l’artiste, Noël Cailly, notre exemplaire en haut relief avec certaines parties en ronde-bosse comme la patte avant ou le mufle du lion, pourrait être une première version du Lion marchant, qui aurait ensuite été reprise pour pouvoir être déclinée en bronze, telle qu’on la trouve à l’hôtel Ducharne. En effet à notre connaissance il n’y a pas d’exemplaire en bronze de cette première version. Or Gaston Le Bourgeois, à la différence d’autres sculpteurs, ne réalisait pas ses bronzes d’après un modèle en plâtre ou en terre cuite mais à partir d’une empreinte prise sur le modèle en bois. Très perfectionniste et ayant trop conscience des exigences de chaque matériau il ne peut admettre une confusion des techniques. Aussi seuls certains sujets pouvaient être réalisés dans les deux matériaux, ce qui explique pourquoi l’artiste a dû reprendre la première version, c’est-à-dire notre exemplaire.
En conséquence notre sculpture n’est pas seulement une pièce unique, c’est aussi un témoignage émouvant de la manière dont travaille l’artiste.














