Description
Né de parents espagnols à Oran, en Algérie, alors colonie française, Francesco Martinez est le dernier enfant et seul garçon d’une fratrie de cinq. Il devient Français de plein droit à sa majorité, mais avant celle-ci, il a perdu ses deux parents et doit subvenir très jeune à ses besoins. C’est la raison pour laquelle il abandonne sa scolarité pour entrer dans un atelier de fabrication de meubles en série où il est formé comme ébéniste. Parallèlement il suit des cours du soir à l’école des Beaux-arts d’Oran pour apprendre à dessiner et à peindre. Est-ce là qu’il fait la connaissance du sculpteur animalier Georges Hilbert, de deux ans son aîné, qui a aussi fréquenté cette école et avec lequel François Martinez est souvent comparé ? Toujours est-il que, comme Hilbert, François Martinez opte finalement pour la sculpture.
Conjuguant ce choix avec sa formation initiale d’ébéniste il obtient en 1932 le premier prix de sculpture sur bois à l’école des Beaux-arts d’Oran et devient professeur de moulage, modelage et sculpture. Il participe dès lors à de nombreuses expositions et à plusieurs salons, y compris à Paris comme le Salon des Artistes Français où il expose dès 1934. Il est au faîte de sa gloire lorsqu’il quitte l’Algérie en 1962 à la suite de l’indépendance pour s’installer en France, à Aix-en Provence.
Tout comme Georges Hilbert, Francesco Martinez adopte la taille directe, technique remise au goût du jour au tout début du XXe siècle par Joseph Bernard, qui oblige à s’attaquer directement au matériau sans ébauche préalable. Il choisit les matériaux les plus durs et les plus nobles comme le marbre, l’onyx, le granit, le noyer, l’acajou ou encore la loupe de thuya comme dans le cas de notre sculpture.
Celle-ci présente un couple d’aigles affrontés et juchés majestueusement sur un rocher. Les oiseaux de proie sont aisément reconnaissables à leur bec crochu, leur regard perçant, leurs serres puissantes et acérées ainsi qu’à leur attitude altière. Pourtant à la manière de Georges Hilbert ou de François Pompon tous les détails inutiles ont été supprimés dans un même souci de simplification et de stylisation des formes. Celles-ci, finies et polies à l’extrême, contrastent avec le rendu à peine dégrossi du rocher, où les hachures du bois produites par le travail de la gouge sont encore bien visibles. Les rapaces semblent ainsi surgir bien vivants du socle auquel ils se cramponnent, ce qui donne une extraordinaire force vitale à l’ensemble.
L’impression de vérité est également traduite par la distribution de la lumière sur la loupe de thuya dans laquelle la sculpture a été réalisée. Elle rappelle par sa couleur, son veinage et la douceur de son toucher celui du plumage marron foncé nuancé de roux de l’aigle.
La sensibilité, la sincérité et la sobriété avec lesquelles est traité ce couple de rapaces montrent l’extraordinaire compréhension de l’artiste à traiter les masses en n’en conservant que des lignes simples et pures. Ce « poète animalier », un peu oublié, mérite d’être pleinement réhabilité.







