Description
Suite à son Prix de Rome en 1900, Landowski s’installe à la Villa Médicis où il finalise sa formation et travaille à ses « Envois ». Dans l’effervescence de la ville Éternelle, il fait un voyage en Tunisie en 1903 avec son ami Henri Bouchard ; il séjourne à Tunis, Sousse, Monastir et Kairouan : « c’est l’Antique, c’est l’Orient d’il y a je ne sais combien d’années » s’enthousiasme-t-il devant les paysages d’Afrique du Nord, lui qui avait passé sa prime enfance en Algérie.Cette admiration et émotion face à une vie quotidienne réinventée sont palpables dans ses sculptures de genre, statuettes réalisées sur le vif lors de son voyage tunisien (le Voleur d’oranges, le Fakir aux serpents, les Porteuses d’eau aveugles). Le Fakir aux serpents quant à lui a été inspiré par une vision marquante qu’il évoque dans son journal : « Rassemblement autour d’un charmeur de serpents. Il s’arrête, prend dans un sac un tas de couleuvres et les met dans sa bouche, les mord. Elles se retournent, le mordent à leur tour. Il tourne, saute au son d’une discordante musique et il reste avec ses bêtes pendues à la peau, une à sa langue, et il hurle en tournant». C’est une scène qu’il aimera également commenter avec ferveur dans son journal du 24 mai 1921, cette fois-ci à la place Jemaa el Fna : « Le baptême des serpents. Un extraordinaire charmeur de serpents, sautant, gesticulant, bavant, manoeuvrant d’énormes vipères du Sousse, bien pacifiques. Parmi tous les spectacles de la place, aucun n’est plus curieux que celui du charmeur de serpents. Aucun ne donne autant l’impression d’une cérémonie étrange et sacrée. Dans aucun les sentiments religieux jouent un rôle équivalent, se mêlant au charlatanisme. […] Mais nulle part, cette impression de religiosité n’a un caractère aussi ardent, aussi primitif, aussi sauvage que dans le cercle du charmeur de serpents. Et n’est-ce pas une véritable cérémonie baptismale que cette scène où ces hommes se détachent de la foule, entrent dans le vide du cercle, reçoivent le serpent dans leurs mains ouvertes, sur le cou du charmeur, le prêtre plutôt, danse en hurlant et bavant plus que jamais autour du néophyte, les spectateurs autour ânonnent certainement des prières. »
La sculpture a été exposée à plusieurs reprises dans les Salons, à la Société des peintres orientalistes français de 1909, ou bien encore au Salon des Artistes Français et au Salon Colonial de 1942 (n ° 2224).L’artiste propose lui-même ses modèles à l’édition. Nous avons en référence pour le fakir un tirage potentiellement annoncé à 25 épreuves, en numérotation cumulative. Notre exemplaire numéroté « 2 » est une rare fonte de Bisceglia, de qualité supérieure à celles réalisées par le fondeur L. Gatti que Landowski employait le plus souvent.

















