Description
Rares sont les artistes qui, comme le sculpteur Léopold Bernstamm, d’origine russe, ont su rendre avec autant d’acuité, de justesse et d’intensité le caractère d’une physionomie en la comprenant avec une aisance presque instinctive. Il s’est révélé être un portraitiste extraordinaire, d’autant plus apprécié qu’il travaillait très rapidement. Pas moins de trois cents bustes, statues ou statuettes de gens illustres ont ainsi été réalisés par lui.
C’est pourtant contre l’avis de son père que le jeune Léopold entame une carrière artistique, en commençant par une formation en dessin, avant d’intégrer le département de sculpture de l’Académie des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg. Il s’y fait très vite remarquer et, dès le début des années 1880, obtient des commandes de bustes de nombreuses personnalités politiques et surtout artistiques russes dont Dostoïevski, Anton Rubinstein ou encore Konstantin Makovski dont le Musée russe de Saint-Pétersbourg conserve un buste en bronze daté de 1882. Il quitte cependant la Russie pour poursuivre son apprentissage en Italie puis à Paris, où il s’installe en 1885 et entre dans l’atelier du sculpteur Antonin Mercié. L’année suivante il expose au Salon où ses talents de portraitiste attirent l’attention. Il devient dès lors sculpteur en chef du musée Grévin et ouvre parallèlement un atelier où pendant trente ans vont défiler les grandes figures du temps.
C’est ainsi qu’il participe à l’Exposition universelle de 1889 où il retrouve le célèbre peintre russe Konstantin Makovski. Est-ce à ce moment qu’il décide de réaliser notre statuette le présentant élégamment vêtu, assis sur une chaise en bois tourné, le pied droit reposant sur un petit tabouret de style Louis XV tandis qu’il tient de la main gauche sa palette, et de la droite son pinceau ? On sait qu’en 1890 Bernstamm expose à la galerie Georges Petit à Paris une importante collection de statuettes représentant plusieurs visiteurs étrangers de l’Exposition universelle de 1889. Notre statuette en fait elle partie ? Il est sûr en tout cas qu’en 1895 Léopold Bernstamm présente une sculpture figurant Konstantin Makovski à l’Exposition russe qui se tient au Champ-de-Mars, galerie des machines. Les deux hommes, qui se connaissent bien, font tous deux partie de la bonne société russe de Paris, participent à l’alliance franco-russe et exposent souvent dans les mêmes manifestations, surtout de grande réputation. Ils se retrouvent d’ailleurs à l’Exposition universelle de 1900.
Ainsi, quand le peintre pose pour le sculpteur, il est déjà très célèbre, riche et heureux. Outre la silhouette du peintre précisément décrite avec un rendu vivant et expressif, le sculpteur traduit admirablement par l’attitude et les quelques éléments de décor choisis l’aisance financière du peintre et sa joie de vivre.
La fonte de notre sculpture a été confiée à Siot-Decauville, une maison avec laquelle Bernstamm travaille souvent et qui jouit d’une belle réputation à la fin du XIXe siècle. Elle collabore également fréquemment avec le galeriste-marchand Georges Petit chez lequel Bernstamm expose.
Notre bronze est le seul exemplaire connu à ce jour de ce modèle.





















