Description
Entre 1910 et 1912, Antoine Bourdelle conçoit comme un véritable « temple moderne des arts » le décor sculpté de la façade du Théâtre des Champs-Élysées en montrant un sens inné de la plastique architecturale. Il couronne une composition verticale et tripartite par une frise organisée en trois grands hauts-reliefs sur le thème d’Apollon et son cortège de Muses.
Pour conserver à la façade son harmonie tout en rendant le décor lisible du bas il adapte l’échelle de ses personnages sur le principe des tympans romans de Vézelay ou d’Autun dans lesquels les figures se plient à l’espace imposé. La sculpture ainsi traitée contribue à la lisibilité de l’architecture.
Il en résulte une simplification formelle qui sacrifie modelé et détails en synthétisant chevelures, anatomies ou draperies tout en adoptant une ligne souple et ferme. Des effets de symétrie dans les plis des draperies, les postures ou le traitement des cheveux permettent en effet la création d’un rythme qui donne une dynamique et une vie à l’ensemble des reliefs, à l’image de notre plâtre dit La muse échevelée. Celui-ci est un fragment du haut-relief de droite de la frise. Le visage est impersonnel comme celui des autres muses dont aucune n’est individualisée mais toutes inspirées par la célèbre danseuse Isadora Duncan. Il se présente de profil, encadré par une chevelure rayonnante, la bouche ouverte comme si un cri s’en échappait. L’expressivité de ce plâtre n’a pas manqué d’être soulignée par celui qui en a été le destinaire en précisant dans son courrier de remerciements : « Cette muse emplit ma chambre de son grand cri altier ».
Ce plâtre a en effet été offert par Bourdelle à l’écrivain Albert T’Serstevens avec lequel il entretenait une belle amitié littéraire. L’écrivain a été particulièrement touché par le don de cette œuvre « pour toute la ferveur et l’ardeur qu’elle exprime ». Il appréciait particulièrement le travail de l’artiste ainsi qu’il le souligne dans la revue qu’il dirigeait à propos des sculptures décoratives du théâtre des Champs-Elysées : « Bourdelle n’a pas sacrifié au souci décoratif l’élan, la jeunesse, la vie. La chair vibre et palpite, les muscles saillissent en plan ferme comme il convient à une œuvre de plein air ».
Ce fragment aurait été édité en huit épreuves mais notre exemplaire, d’une incroyable fraîcheur, a la particularité d’avoir été choisi par Bourdelle pour l’offrir à son ami à qui il le dédicace.











