Description
Beethoven a véritablement exercé une fascination quasi-obsessionnelle sur Bourdelle, tant pour le personnage, enfermé dans sa surdité, que pour la puissance de sa musique qu’il découvre assez jeune. Il partage avec lui le front haut, le regard de feu et la coiffure. L’identification physique ne tarde pas à devenir artistique. Ainsi, dès 1888 et jusqu’à sa mort, il lui consacre quelque quatre-vingts effigies sculptées en bronze, pierre, terre ou plâtre, qui sont comme autant d’autoportraits déguisés, où l’expression du visage varie avec une impressionnante sensibilité.
Pour ce faire il s’est inspiré d’une empreinte prise sur le vif par le sculpteur autrichien Franz Klein en 1812. Cette empreinte exigeait que les yeux et la bouche de Beethoven fussent protégés et que ce dernier respirât au moyen de tuyaux insérés dans le nez. Le plâtre original, conservé dans la maison natale de Beethoven à Bonn, a donné lieu à de nombreuses épreuves, ce qui explique la très large diffusion du portrait dont Bourdelle avait lui-même acquis un exemplaire. Au fil du temps le sculpteur décline les différentes effigies de Beethoven de plusieurs façons : masque, buste ou encore tête, qui présentent elles-mêmes des variantes : yeux fermés ou ouverts, avec peu ou beaucoup de cheveux, avec jabot, avec une main, deux mains ou encore la joue appuyée sur une main…
Dans un premier temps ses essais sont plutôt naturalistes. Puis il évolue vers une représentation plus synthétique jusqu’à atteindre les limites de la figuration, avec son Grand masque tragique, pour finalement revenir très vite à une certaine ordonnance qui aboutit à la création de notre modèle en 1901.
Il se présente de manière frontale, les yeux fermés sur un socle prismatique permettant d’asseoir de façon structurée la figure dans l’espace. La présentation de ce buste est cependant tourmentée dans le traitement de la chevelure, le plissement du front et la contraction des machoires. Elle témoigne encore de l’influence de Rodin même si un souci de simplification formelle révèle déjà les nouvelles orientations de l’artiste.
Ce modèle a été édité en bronze en dix exemplaires seulement, dont un a été acheté par l’Etat en 1903 lors de son exposition au Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts. Il est aujourd’hui conservé au musée d’Orsay.
Sur le socle étudié de notre exemplaire figure l’inscription : « Moi je suis Bacchus qui pressure pour les hommes, le nectar délicieux Beethoven. ». On retrouve cette phrase de Beethoven consignée dans un cahier d’écolier dans lequel Bourdelle dépose méthodiquement toutes ses notes de lecture et les documents concernant le musicien. Le musée Bourdelle conserve un exemplaire similaire fondu comme le nôtre par Hébrard, numéroté 5 qu’il date de 1905. Adrien-Aurélien Hébrard est un des meilleurs fondeurs-éditeurs du début du XXe siècle, très réputé pour la qualité de ses fontes et de ses patines, avec lequel Bourdelle entretient des rapports particuliers. C’est en effet à la galerie Hébrard qu’a lieu la première exposition personnelle de Bourdelle à Paris en 1905 et c’est à la fonderie Hébrard que l’artiste s’adressse pour ses fontes à la cire perdue.
Notre exemplaire a été exposé à Munich en 1913 avant d’être offert au ténor Ernest Carbonne (1860-1924) en 1920, en témoignage de la reconnaissance de tout le personnel de l’Opéra-Comique. Le directeur de scène de l’Opéra-comique était en effet à l’origine de la création de l’amicale des régisseurs de théâtre dont l’objectif était de créer des liens de confraternité, de soutien et d’aide entre les régisseurs. D’origine toulousaine, Ernest Carbonne a dû rapporter cette œuvre dans son fief natal avant de mourir quatre ans plus tard. Elle provient en effet d’une ancienne collection toulousaine dans laquelle elle est restée pendant plus de trente ans.
A la rareté et la qualité de notre exemplaire s’ajoute donc une belle provenance.











