TIGRE MARCHANT

André LASSERRE

Bronze à patine brune, signé « André Lasserre »
Fonte de Leblanc-Barbedienne, numérotée 1. Porte le cachet du fondeur « Leblanc Barbedienne Fils » et l’inscription « (Epreuve d’artiste) ».
Haut. 28 Long. 64 Prof. 13,5 cm.
Provenance : collection Henriette et André Bouygues (1905-1998), Maisons-Laffitte ; par descendance, collection particulière, Touraine.

Œuvre en rapport : Centre Pompidou, panthère, bronze acheté en 1930, H. 22 x L. 71 x P. 12 cm , inv. LUX.499 S, Chat, marbre, H. 30 x L. 56 x P. 15, inv. 87382

Bibliographie : Charensol, « Les expositions », L’Art vivant, 1928, p. 525 ; Pierre Bosson, «  André Lasserre : un veyrite, pionnier de l’art non figuratif suisse, La mémoire de Veyrier, 2021, publication en ligne.

 

 

Description

La vie d’André Lasserre fut exceptionnelle et contrastée à bien des égards. Très jeune, il quitte le village suisse qui l’a vu naître pour gagner Paris, alors en pleine effervescence, d’abord secouée par la Grande guerre puis animée par les Années folles. Après l’École des Beaux-Arts et la Grande Chaumière, il devient, entre 1921 et 1925, l’élève d’Antoine Bourdelle. Peu à peu, il se lie d’amitié avec plusieurs figures majeures de la scène artistique et intellectuelle – Breton, Aragon, Giacometti, Man Ray… – et s’impose progressivement comme sculpteur.

Sensibilisé aux idéaux révolutionnaires, Lasserre s’engage au Parti communiste français et prend part à la lutte contre la montée du fascisme. Arrêté par la police de Vichy en 1940 et condamné à mort pour espionnage, il échappe de justesse à l’exécution. À la Libération, malgré son antifascisme, il est de nouveau suspecté, emprisonné, puis finalement libéré en 1951. Installé ensuite en Suisse, il renonce à la politique et reprend avec difficulté son activité artistique. Il réalise alors de nombreuses œuvres publiques et s’oriente progressivement vers l’abstraction. Reconnue dans son pays natal, son œuvre fait l’objet d’une rétrospective à Lausanne en 1981. Décédé peu avant l’exposition, Lasserre laisse l’image d’un artiste engagé, marqué par l’injustice mais porté par une créativité vive et féconde.

C’est d’abord comme sculpteur animalier qu’il se fait connaître, même s’il réalise également quelques figures humaines. Son style, d’une grande synthèse formelle, le rapproche de Pompon par l’attention accordée à la ligne et à la pureté des volumes. Il expose notamment à la galerie Zborowski, célèbre pour son flair et son rôle de découvreur de talents – elle défendit entre autres Modigliani et Soutine. En 1926, la galerie organise sa première exposition personnelle, et en 1928 elle présente un Tapir et un Tigre de l’artiste. S’agit-il du même modèle que le nôtre ? À cette occasion, la justesse de son observation et la précision du rendu des attitudes sont unanimement saluées. Il est vrai que la puissance féline de son Tigre marchant, avançant avec souplesse, est saisissante : les muscles affleurent sous la peau, la tête légèrement baissée et la patte tendue suggèrent une progression silencieuse, tandis que la queue prolonge avec élégance la ligne du mouvement.

Lasserre confie l’édition de ses bronzes à la maison Barbedienne, devenue en juin 1921 la société « Leblanc-Barbedienne et fils ».

Notre exemplaire présente un double intérêt : le modèle est rare et il s’agit de la première épreuve fondue ce qui est toujours un gage de qualité exceptionnelle.