CANARD À PATTES, ÉTAT D, MODÈLE CRÉÉ EN 1911, MODIFIÉ EN 1923

François POMPON

Bronze à patine brun noir nuancé signé « POMPON »
Fonte de Claude Valsuani. Porte le cachet du fondeur « CIRE PERDUE C. VALSUANI »
H.
18,3 x L. 11,1 x P. 15 cm
Circa 1925

Provenance : Collection Jacques Thalheimer

Œuvres en rapport : Musée d’Orsay,Canard, bronze, inv. RF 3270

Bibliographie : L. Colas et C. Remy, Pompon, L’oeuvre complète, Norma édition, Paris 2025, n°12 pp 283-284; Elise-Emile Magne, « Une heure chez POMPON », ABC artistique et littéraire, Août 1929, n°56, p. 272.



 

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Description

C’est sans doute l’origine campagnarde de François Pompon qui explique son intérêt pour l’art animalier et pour les animaux de la ferme en particulier. C’est d’ailleurs en voyant une oie, dans la lumière du matin, que Pompon a eu l’idée de développer tout un bestiaire aux lignes épurées et aux formes lisses, qui fera de lui le représentant moderne de la sculpture animalière.

Il prend l’habitude de modeler en terre glaise les animaux, pris sur le vif, à l’extérieur. Pour pouvoir les suivre et mieux appréhender tous leurs mouvements, il se fabrique un établi portatif à bandoulière. Il recherche en effet la vérité de la forme en mouvement, au grand air, dans la lumière. Pour ce faire, il les modèle d’abord avec précision, puis il élimine progressivement tous les détails pour ne conserver que les volumes caractéristiques de l’animal.

Il crée ainsi tout un bestiaire d’animaux de basse-cour tels que le coq (courant, marchant, endormi…), la poule Cayenne ou de Gournay (marchant, courant, picorant…), la pintade, l’oie ou encore le canard. Ce dernier sujet est particulièrement intéressant car la manière dont il est traité au fil des années est tout à fait révélatrice de l’évolution stylistique de Pompon.

Il est représenté la première fois en 1884 de façon naturaliste tel un canard appelant les ailes déployées. Puis, s’inspirant de la sculpture égyptienne, le sujet est repris en 1907 sous la forme de bas-reliefs qui témoignent des recherches du maître sur la ligne du contour d’un canard debout vu de profil, se détachant en épaisseur sur un fond. Enfin en 1911 est créé le Canard pattu ou Canard à pattes, dont est issu notre exemplaire et que Pompon reprend en 1921, en 1923 et en 1927. Il existe ainsi cinq états de ce modèle qui présentent des variations sur l’agencement et le décor de la terrasse, sur la tenue du canard, sur la disposition des plumes de sa queue, sur la forme de l’œil ou encore la ciselure du bec…

Au fil des déclinaisons, Pompon cherche à améliorer son modèle pour tendre vers la perfection. Le volume du canard est parfaitement restitué tandis que les détails sont abandonnés, en particulier les plumes, à l’exception de celles retroussées de la queue. Seules les pattes palmées et la tête sont décrites avec précision en portant une attention particulière à l’œil car, aux dires mêmes de Pompon, « c’est l’œil qui commande ».

Notre exemplaire correspond au 4e état, c’est-à-dire à l’état D selon la classification adoptée par Liliane Colas, état résultant de modifications réalisées en 1923 et fondu par Claude Valsuani dans les années 1924-1926.

De cette version, seuls cinq exemplaires ont été identifiés jusqu’à présent. Notre exemplaire en fait-il partie ou en est-il le sixième ? Il est difficile de répondre en l’absence de document. Il a cependant appartenu à Jacques Thalheimer (1890-1975), un riche industriel parisien du textile, qui a commencé dès les années 1920 et jusqu’au début des années 1960 à collectionner les œuvres des maîtres modernes.

Cet exemplaire fondu par Valsuani est pourvu d’une superbe patine brun noir délicatement nuancée de reflets mordorés.

Frappant de modernité et de simplicité, ce modèle est l’illustration d’un rare équilibre entre réalisme et synthétisme. Un exemplaire de ce 4e état a été légué par Pompon au musée du Luxembourg et est aujourd’hui conservé au musée d’Orsay. Pompon le considérait-il donc comme parfaitement achevé ?