Description
Albert-Ernest Carrier-Belleuse fut l’un des sculpteurs les plus célèbres et certainement les plus omniprésents du Second Empire. Après ses débuts dans un atelier d’orfèvre, il gravit les échelons de la formation de sculpteur jusqu’à la consécration au Salon. « C’est presque une machine à sculpter … Chaque jour sortent de son atelier des bustes, des ornements, des statues, des statuettes, des bronzes, des candélabres, des cariatides. » (Edouard Lockroy, « Le Monde des Arts », L’Artiste, vol 77, 1865, 40). Il fut un grand portraitiste et choisissait ses bustes pour renforcer sa crédibilité grâce à la notoriété de ses modèles. Il sut par exemple attirer l’attention de l’Empereur au Salon de 1861 avec le Napoléon en Italie ; toujours à ce même Salon, il présenta des bustes de personnalités issues de l’élite culturelle et politique, l’historien Ernest Renan, l’homme d’état Jules Simon, des artistes, trois célébrités de la scène, un important abbé. Le sculpteur choisit de donner à ses portraits plus de vérité que dans les représentations idéalisées à la mode, il est capable de marquer le caractère et la vie de chaque physionomie. La recherche de ressemblance est toujours frappante, comme ici dans ce portrait en buste d’Auguste Luchet. L’homme de lettres, socialiste, est représenté sourcils froncés, yeux incisés, saisi dans une expression d’intense concentration qui révèle toute la dimension psychologique du personnage.
Auguste Luchet (1805-1872) commença sa formation par des études médicales, puis se lança peu après dans la littérature. En 1830, il devint rédacteur au journal Le Temps. Il se fit ensuite romancier et auteur dramatique et publia en 1832 Henri le Prétendant, en 1838 Frère et sœur, en 1842 Nom de famille dans lequel il attaquait non seulement la famille, la royauté et la religion, mais bien d’autres institutions encore. Condamné à deux ans de prison et 1 000F d’amende, il se réfugia à Jersey ; il rentra en France après la prescription de sa peine, en 1847. Lorsqu’éclata la révolution de 1848, il était rédacteur à La Réforme, puis nommé commissaire du Gouvernement pour la conservation du domaine de Fontainebleau. On le vit assez souvent à Fontainebleau et dans le département, de 1849 à 1851 : le 1er avril 1849, à Fontainebleau, à la réunion préparatoire au banquet socialiste de Melun du 22 avril ; le 11 mai 1849, à la réunion démocratique de Fontainebleau où il rappela son action en faveur des ouvriers … En 1850, il dirigeait Le Républicain de Seine-et-Marne. Sous l’Empire, il sembla avoir abandonné la politique, mais continua à fréquenter les mouvements socialistes. Il poursuivit ensuite sa carrière littéraire et publia des ouvrages de critique sociale. Décédé le 9 mars 1872, un monument lui fut élevé au Père-Lachaise avec un buste par Émile Guillain.
Ce buste particulièrement saisissant est une terre cuite originale et unique, et non une œuvre d’édition sortie de l’atelier de Carrier Belleuse. Il s’agit d’ une œuvre personnelle d’une grande rareté.















