Description
L’expression Mater Dolorosa est tirée d’un hymne du XIIIe siècle, le Stabat Mater Dolorosa (la Mère, toute douleur, se tenait debout) : il décrit l’angoisse de la Vierge Marie alors qu’elle observe son fils crucifié. Au XIXe siècle, alors que le romantisme met en exergue l’humanité du Christ et ses émotions, le culte marial connaît un renouveau. La Vierge revient à l’honneur dans l’art et la littérature. Dans un chapitre du roman Les Mohicans de Paris (1855), intitulé « Stabat mater dolorosa », Alexandre Dumas met en scène une mère affligée, « l’incarnation de la douleur muette, immobile et sourde, de la douleur chrétienne avec son expression sublime de patience et d’abnégation ».
Longtemps, Carpeaux a projeté de créer une statue qu’il appellerait La Douleur. Au moment de concevoir la Mater Dolorosa, il emprunte largement aux modèles académiques en s’inspirant notamment du traité de Charles Le Brun sur la physiognomonie. Cette théorie, qui remonte au XVIIe siècle, est alors enseignée à l’École des Beaux-Arts, où les élèves sont priés de démontrer leur talent à restituer les passions humaines lors du concours de la « tête d’expression ». Carpeaux ajoute une larme qui se détache fortement sur le visage, discret renvoi à l’hymne médiéval où la Vierge est en pleurs.
L’essentiel de l’édition à partir du modèle en marbre Mater Dolorosa (finie) est constitué par la terre cuite, principalement du vivant de l’artiste et dont il existe peu d’épreuves, une dizaine environ, d’où la rareté de nos deux exemplaires édités par l’Atelier juste après la mort de Carpeaux.
















