Description
La chute du Second Empire a pour effet l’arrêt des commandes officielles dont bénéficiait jusque-là Jean-Baptiste Carpeaux. Pour compenser cette perte, l’artiste, désormais marié et bientôt père de famille, invente tout un répertoire de statuettes féminines décoratives, à la nudité très suggestive, destinées à être éditées. Il développe en particulier parmi ces modèles une thématique autour d’Eve. Ainsi : Eve après la faute, Eve chassée du Paradis ou encore Eve tentée.
Ce dernier s’inspire de son groupe Daphnis et Chloé, créé pendant son exil à Londres en 1873 puis taillé en marbre au double de sa grandeur initiale en décembre 1874. C’est pendant cette réalisation que la figure de la bergère Chloé, à qui le chevrier Daphnis murmure à l’oreille de doux mots d’amour dans l’univers bucolique imaginé par Longus à l’époque antique, lui suggère la représentation d’Eve tentée par le Malin.
Déjà très affaibli par la maladie et par sa deuxième opération chirurgicale Carpeaux demande à son ami Bruno Chérier, chez qui il séjourne, de lui soumettre un projet. Le modèle est achevé au cours de l’année 1874 puisqu’une épreuve figure dans la vente Carpeaux du 28 décembre 1874. Est-ce notre exemplaire précisément daté de 1874? La composition reprend l’intimité tendre et amoureuse du groupe original mais la séduction diabolique du démon qui tend la pomme supplante la douceur de l’amant. Carpeaux exprime avec une grande justesse la tentation, c’est-à-dire la vulnérabilité du moment pris entre l’innocence qu’incarne la gracieuse figure d’Eve nue et l’instant précis où la séduction s’exerce avant la chute.
Ce modèle d’une grande sensualité ne sera édité en bronze par sa famille qu’après la mort de l’artiste et en très petit nombre.
Notre sculpture fait donc partie des très rares exemplaires de ce modèle fondus du vivant de l’artiste.























