Description
Sculpteur de génie, Rembrandt Bugatti s’est parfois essayé à la peinture et au dessin comme en témoigne cet autoportrait. Mise en scène de soi, l’autoportrait est avant tout un moyen d’exprimer une intériorité. Il est aussi là pour manifester le désir de figer une tranche de vie significative. Enfin, il constitue un témoignage unique, aussi intime qu’introspectif capable de transmettre des émotions profondes. C’est un genre qui s’étend parmi les siècles, réalisé par les plus grands artistes de Rembrandt à Picasso pour ne citer qu’eux.
Ici, l’accent est mis sur le regard de l’artiste, scrutateur, emprunt d’une mélancolie profonde. Frontal, le visage a les traits fermés ; il s’en dégage une intense concentration, une affirmation de soi qui lève le voile sur le tempérament excessif du sculpteur entièrement dévoué à son art. Une dédicace à son ami fondeur Valsuani, d’origine italienne comme lui, affirme sa vocation. C’est en effet en 1903, à l’âge de 19 ans que Rembrandt Bugatti s’installe à Paris et rencontre par l’intermédiaire de son père adoptif René Dubois, Adrien Aurélien Hébrard qui le prend sous contrat. Il dirige la célèbre fonderie ainsi que la galerie rue Royale à Paris. Le chef d’atelier aidé par Marcello et Claude Valsuani va alors réaliser ses sculptures à la cire perdue en bronze.
De cette étroite collaboration, naîtra un magnifique talent au service de la sculpture malheureusement interrompu prématurément par la mort de l’artiste à l’âge de trente et un ans, le 8 janvier 1916; de nature profondément mélancolique, Bugatti a organisé sa fin ; on le trouvera mourant, étendu sur son lit, dans une impeccable tenue de fête. Il s’est empoisonné au gaz, laissant ouvert son bec d’éclairage. Sur sa table de chevet, il a laissé un bouquet de violettes et deux lettres. Transporté à l’hôpital Laennec, il y rend le dernier soupir. Le fondeur Albino Palazollo, cette fois-ci, fera son masque mortuaire (Paris, musée d’Orsay).
« J’espère et je crois avoir réussi à faire une oeuvre qu’aucun sculpteur animalier ancien ou moderne n’a fait » écrivait-il un jour à son frère.







