Description
En raison de son physique un peu ingrat et de sa réputation de charognard, la hyène est un animal mal aimé. C’est peut-être pour cette raison que Georges Hilbert s’y intéresse, comme l’avait déjà fait avant lui François Pompon, l’un de ses maîtres.
C’est d’abord grâce à son père, médecin vétérinaire, que Georges Hilbert se passionne pour le monde animal. Puis c’est au Jardin des Plantes, face aux animaux, qu’il apprend son métier de sculpteur en pratiquant la taille directe, technique remise à l’honneur par Joseph Bernard au tout début du siècle mais que Hilbert apprend de l’Espagnol Mateo Hernandez (1885-1949). En travaillant pour ce dernier Georges Hilbert adopte la même manière de s’attaquer au bloc de pierre, sur place, face au modèle, sans nécessairement passer par des dessins ou des esquisses préparatoires et choisit, comme lui, les matières les plus dures. Sa rencontre avec François Pompon va le faire s’intéresser davantage à la traduction du comportement et du caractère de l’animal. C’est ainsi qu’il fait jaillir tout un bestiaire dont l’originalité réside dans la force expressive qu’il confère à ses animaux, s’attachant à leur nature instinctive tout en cherchant à saisir leur psychologie à l’instant même où il les fige dans la pierre. Ainsi notre hyène, reconnaissable à ses grandes oreilles rondes, ses gros yeux, ses puissantes pattes griffues, son avant-corps massif et son cou épais est représentée grandeur nature, comme un bon gros chien courbé, le museau plongeant vers le sol à la recherche de nourriture. La posture adoptée permet de déjouer le déséquilibre naturel du corps dû aux pattes antérieures plus longues que les postérieures, ingratitude physique que Pompon avait au contraire retenue.
Cette œuvre unique est sculptée dans un superbe marbre connu sous le nom de Petit Granit belge. Formée en milieu marin peu profond et chaud par l’accumulation de nombreux fossiles, notamment de crinoïdes, cette pierre doit sa teinte bleu-gris à sa composition géologique, d’où son autre appellation de Pierre Bleue de Belgique. La richesse de sa couleur est magnifiée par le poli de la sculpture, qui contraste avec certaines zones volontairement laissées brutes. Ce jeu de surfaces renforce la présence de l’animal, donnant l’impression qu’il émerge naturellement de la matière.
Datée de 1924, l’œuvre fut présentée au Salon des Tuileries en 1926, puis exposée à nouveau à New York en 1928.














