Description
D’abord sculpteur animalier, Frémiet aborde, à partir de 1850, des sujets plus ambitieux. En 1859, il propose au Salon un Gorille enlevant une femme. Le jury refuse cette œuvre qui offense les bonnes mœurs. Elle est néanmoins exposée grâce au surintendant des Beaux-Arts, mais dans une niche voilée d’un rideau. Elle attire curiosité et critiques, dont celle de Charles Baudelaire pour qui ce viol annoncé est indigne du talent du sculpteur.
Il faut à Frémiet attendre près de trente ans pour que cette opinion change. Une deuxième version de son Gorille enlevant une femme est présentée au Salon de 1887 (plâtre, n° 3981) où il est récompensé d’une médaille d’honneur, la plus haute distinction puis à l’exposition de Munich l’année suivante. La nouvelle version représente sur une roche, un gorille, tenant une pierre de la patte gauche de devant, qui s’avance en serrant contre lui une jeune femme nue qu’il tient par la taille et qui se débat en vain contre l’étreinte du monstre. Ce groupe incarne avec force les grandes interrogations et interprétations entre théorie de l’évolution, érotisme, définition du corps et statut de la femme …
Cette même année, Frémiet demande alors l’acquisition du plâtre ; l’acquisition est décidée par arrêté du 12 juillet 1887, et l’œuvre est payée le 22 juillet suivant. L’année suivante, un arrêté du 16 avril 1888 autorise le sculpteur à en faire des réductions en bronze. Notre exemplaire numéroté 12 est la marque du fondeur More, fondeur de Frémiet de son vivant avant Barbedienne.
Le sculpteur tenait visiblement beaucoup à ce que le « Gorille » soit placé au Jardin des Plantes. Mais rien n’y fit, l’œuvre resta à l’état de plâtre et fut envoyée à Nantes en 1895 (musée des Beaux-Arts). Elle allait constituer l’une des sources d’inspiration de l’histoire de King Kong, adaptée de nombreuses fois au cinéma depuis la première version en 1933.
















