Description
Bourdelle initie ses recherches pour La Reine de Saba lors d’un séjour à Marseille en juillet 1918. Un carnet de croquis intitulé La Reine de Saba / Petites fresques conservé au musée Bourdelle témoigne de ses premières explorations, esquissées d’un trait rapide à l’encre, autour d’un thème qui lui est inédit. Il réalise ensuite les illustrations à l’aquarelle de l’édition de luxe de La Reine de Saba selon le texte et la traduction de Joseph-Charles Mardrus (1868-1949) publiée en 1922. Ne cherchant pas à traduire fidèlement le récit, Bourdelle propose une adaptation originale, en le transposant dans un monde onirique et profondément personnel. Ces illustrations permettent à Bourdelle de poursuivre les recherches qu’il mène en sculpture. Un dialogue s’établit alors entre ses dessins et son œuvre sculpté : à ce sujet, Marquis-Sébie écrira qu’il « passe avec une aisance, avec une souplesse infinie, d’un champ d’activité dans un autre domaine d’action ou de pensée ».
C’est ainsi qu’il réalise en 1925 la sculpture de Madame Lion en Reine de Saba. Suzanne Lion (1900 – 1984) critique théâtrale, journaliste de mode, fut l’amie d’Anatole France grâce à qui elle rencontra Bourdelle. Le sculpteur s’inspira de son visage gracieux et de sa coiffure pour les décliner à deux reprises en buste (57 cm) et en masque (24,1 cm). À son sujet, Rhodia Dufet-Bourdelle remarque « qu’il est amusant de savoir que sa noble coiffure est très exactement inspirée du véritable petit chapeau bleu drapé et à fleurettes tout à fait à la mode de l’époque (et même aujourd’hui), car Suzanne Lion était une élégante ». En mentionnant ce buste, elle indique également que « tout l’art de mon père y est inscrit. A la fois empreinte d’une vie subtile et sensible mais néanmoins solidement charpentée de l’intérieur, cette œuvre a la majesté d’une figure de cathédrale tant la synthèse et le sens de l’équilibre architectural y sont manifestes ». On est en effet saisi au premier regard par cette superbe présence au port de reine scellée dans le bronze dont la polychromie dorée parvient à elle seule à nous évoquer les fastes de l’Orient.
Notre exemplaire provient de la prestigieuse collection de Raymond Subes célèbre ferronier, certainement l’un des plus grands rénovateurs de l’art du fer forgé au XXe siècle, et aussi collectionneur hors pair. Dès les années 1930, il accumule des oeuvres de tout premier ordre, de ses contemporains et souvent amis dont Émile-Antoine Bourdelle, Paul Belmondo, Paul Jouve ou Jean Besnard … Preuve en est de notre exemplaire, tirage exceptionnel d’une œuvre essentielle dans la carrière de Bourdelle dont le catalogue raisonné ne mentionne que trois épreuves en bronze et un plâtre (collection Madame Lion) et dont le seul bronze connu à ce jour à double patine est le nôtre.















