
Du 14 au 19 mars 2026
La TEFAF synonyme d’excellence est certainement un des événements les plus marquants dans la vie annuelle d’une galerie. Nous la préparons avec le plus grand sérieux et sélectionnons avec soin nos plus belles sculptures, la plupart inédites. Cette année est exceptionnelle avec un choix de nombreuses pièces importantes dont une extraordinaire garniture de Christofle, véritable chef-d’œuvre des arts décoratifs.
De provenance prestigieuse ayant appartenu à l’impératrice Eugénie, nous présentons un bronze d’aluminium de Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875), fonte de Paul Morin, dont il existe seulement deux exemplaires. Il s’agit de la statuette du Prince impérial et son chien Néro (1865), témoignage émouvant de l’enfance du fils de Napoléon III. Autre portrait du Second Empire, ce saisissant Portrait d’Auguste Luchet (1805-1872) par Albert-Ernest Carrier Belleuse (1824-1887) ; une terre cuite originale, unique, qui rend hommage à cet homme de lettres, socialiste, à la carrière mouvementée. De la fin du XIXe siècle, citons La ceinture dorée (1874) de Charles Adrien Prosper d’Épinay (1836-1914), dont le modèle en marbre fit sensation au Salon de 1874. Notre modèle est un bronze fondu par Nelli à Rome vers 1880 dont la réputation internationale lui permit de travailler pour les plus grands sculpteurs mais aussi pour l’Opéra Garnier et le Louvre.
D’Auguste Rodin (1840-1917) nous exposons un Balzac, buste de l’étude de nu C avec épaules et découpe arrondie de la poitrine (réduction), bronze qui ne retient que les détails essentiels visant à exprimer la puissance créatrice du romancier : l’encolure de taureau, la crinière de lion, la grande bouche ironique et sensuelle, et surtout les yeux, ces yeux de feu qui avaient tant frappé les contemporains de l’écrivain. De l’un de ses collaborateurs, Louis Dejean (1872-1953) nous proposons Les Passions s’élevant vers les Muses, magnifiques montants en bronze fondus par Alexis Rudier, dont le tumulte des corps n’est pas sans rappeler la Porte de l’Enfer. Autre praticien de Rodin devenu lui aussi célèbre, Émile Antoine Bourdelle (1861-1929) représenté ici par Madame Lion en Reine de Saba dont Rhodia Dufet-Bourdelle, la fille du sculpteur, disait qu’elle avait « la majesté d’une figure de cathédrale tant la synthèse et le sens de l’équilibre architectural y sont manifestes ». De cette même période, nous avons la chance de présenter un rare ensemble de cinq sculptures de Victor Segoffin (1867-1925) sur une période qui s’étend de 1892 à 1903 dont un chef modèle unique : Mauvais génie (1892), Une épave (1898), La suppliante (1899), Femme nue (1900), Danse sacrée (1903) ; autant d’oeuvres représentatives de son art, révélées ensemble pour la première fois au public.
Les animaliers sont eux-mêmes magnifiquement représentés. Le plus grand d’entre eux certainement, Rembrandt Bugatti (1884-1916) apparaît ici avec un dessin Autoportrait de face d’une grande intensité et un bronze Marabout au repos (1907) auquel le sculpteur n’hésitait pas à se comparer lorsqu’il affirmait « Je ressemble beaucoup à un vieux marabout ». Seuls dix exemplaires ont été recensés de ce modèle édité par Hébrard, l’éditeur exclusif de l’artiste, entre 1913 et 1934. Notre bronze portant le numéro 3 fait donc partie des tout premiers numéros et a été acquis selon les archives familiales directement auprès du fondeur en 1922. Autre artiste très important, Édouard-Marcel Sandoz (1881-1971) qui nous surprend une fois encore avec cette pièce unique en bois d’olivier en taille directe Genette et serpent. Cette oeuvre n’était connue que par des archives photographiques familiales. Il s’agit donc d’une découverte fondamentale pour l’art du sculpteur. Le traitement sculptural associe des zones d’une grande finesse – notamment la tête, le museau, les oreilles et les pattes de la genette – à des parties volontairement plus brutes, où la texture naturelle du bois reste visible et sert à marquer le pelage et la peau des deux antagonistes. N’oublions pas de mentionner cette noble Panthère mâle de Georges Hilbert (1900-1982) taillée dans un marbre dit petit granit belge qui n’est pas sans rappeler la pureté et le dépouillement de la statuaire animalière égyptienne.
Je ne saurais terminer cette liste non exhaustive sans mentionner en guise de conclusion l’admirable garniture de Christofle, Émile Reiber (1826-1893) dessinateur que nous avons choisi de présenter en exclusivité à la Tefaf. Elle comprend un cache-pot et deux vases à décor de glycine et acacia sur fond rouge. Selon les archives, le cache-pot a été créé pour l’Exposition universelle de Vienne de 1873, les vases sont eux créés en 1874 pour l’exposition centrale de l’UCAD de Paris en 1874 (Union centrale des arts décoratifs) où ils sont présentés avec le cache-pot ; l’ensemble est ensuite présenté aux Expositions universelles de Paris de 1878 et 1889. Ces pièces en émail cloisonné, chères et complexes à réaliser, étaient rarement produites en nombre. Notre garniture est de fait un témoignage rare et éclatant de l’excellence à laquelle est parvenu le progrès industriel en cette fin du XIXe siècle français.
J’espère vous avoir donné envie de visiter notre stand où je souhaite pouvoir vous retrouver nombreux comme chaque année. Nicolas Bourriaud
