du samedi 9 mars au jeudi 14 mars 2024

 

Nous sommes ravis de figurer à cette édition de la TEFAF 2024 pour notre troisième participation. Pour cette occasion si spéciale, nous présentons plusieurs oeuvres inédites en terre cuite et plâtre, ainsi que des bronzes sélectionnés avec rigueur pour leurs exceptionnelles qualités de fonte et de patine. La galerie Nicolas Bourriaud ne saurait faire l’impasse sur son artiste de prédilection, Antoine-Louis Barye, qui une fois encore nous surprend par son talent avec Thésée combattant le Minotaure (seconde version) (1857) ; le tour de force du sculpteur a été d’insuffler cette grandeur antique dans un groupe aux proportions modestes. Auguste Rodin, lui aussi, est au rendez-vous avec L’Éternel Printemps, second état, 2ème réduction dite aussi « taille 4 », fonte Barbedienne du vivant de l’artiste réalisée dans de belles proportions. La beauté de ce chef-d’œuvre de la sculpture réside dans sa capacité à exprimer un amour érotique, les deux personnages se fondant littéralement l’un dans l’autre. Son ami Alexandre Falguière lui rend ici hommage avec un imposant Buste d’Auguste Rodin (1899) qui n’est pas sans rappeler l’extraordinaire puissance mêlée de sentiment du Portrait de Rodin par Camille Claudel. De la même génération, citons Jules Desbois et son plâtre original non signé dans son encadrement d’origine en chêne, Ève. La figure féminine y est sublimée comme toujours chez l’artiste, mouvante et aérienne. Du plâtre à la terre cuite, il n’y a qu’un pas que j’ai plaisir à franchir, pour vous dévoiler deux terres cuites originales signées Dalou, deux véritables découvertes. En effet, le sculpteur avait pour habitude de détruire ses esquisses par souci d’exigence ou par colère, aussi est-ce une chance qu’elles soient parvenues jusqu’à nous dans un tel état de fraîcheur. Il s’agit de La Charité (vers 1877) et de Vierge à l’Enfant avec saint Jean-Baptiste, dite aussi Madone assise avec deux enfants (vers 1874). Toutes deux datent de l’exil anglais du sculpteur (1871-1879) et sont préparatoires pour une commande publique de la ville de Londres pour une fontaine. S’inspirant de scènes observées dans son foyer, faisant poser des modèles, jeunes femmes, bébés, enfants, Dalou multiplie les études du geste juste, celui du rapport le plus émouvant entre la mère et l’enfant. Merveilleuses ébauches, elles reflètent magistralement le processus d’élaboration de la sculpture, de l’esquisse à l’œuvre achevée. D’un tout autre genre, autre commande publique cette fois-ci de la ville de Paris en 1879, le Monument aux aéronautes du siège de Paris (1879) de Frédéric-Auguste Bartholdi. De ce monument ne subsistent de nos jours que la maquette  (H. 57,7 cm) conservée au musée de l’Air et de l’Espace du Bourget ( Inv. 11012) ainsi qu’un bronze et onyx au musée Bartholdi de Colmar, reproduction de l’esquisse originale. Notre bronze est de fait une rareté et un émouvant témoignage de cette page importante de la conquête de l’air. Parlons maintenant d’Emmanuel Frémiet, représenté ici à double titre : tout d’abord avec une terre cuite originale polychrome Saint Martin partageant son manteau qui s’inscrit dans le renouveau religieux autour de la figure de Saint Martin durant la première moitié du XIXe siècle en France. Ensuite, nous le retrouvons portraituré dans une charmante statuette en plâtre par son élève Henri Désiré Léon Greber.Cette œuvre est intéressante à plus d’un titre : joliment dédicacée, elle se rapporte à la sculpture du Salon de 1903 Portrait du maître Frémiet (1903) (marbre, musée d’Orsay) qui elle a été conçue grâce à l’utilisation de la photographie, ce qui en fait un rare exemple des rapports de la sculpture avec cette technique plutôt utilisée jusqu’alors dans la peinture de l’époque. Les animaliers sont bien sûr représentés avec des artistes renommés : Guyot, Lémar, Trémont, Pompon… Comment ne pas évoquer cette belle Lionne assise de Guyot, un modèle rare et impressionnant par sa taille, sans doute le chef d’œuvre du sculpteur sur le sujet. Elle possède une présence incroyable, tout comme ce Chimpanzé de Trémont avançant fièrement devant lui. Plus délicate est la Grue couronnée au repos (aigrette striée) (1926) de Pompon. La silhouette de l’échassier est réduite à la seule force du contour tout en soulignant ses particularités        . D’une qualité de fonte exceptionnelle, notre exemplaire est d’une grande rareté puisqu’il y a eu très peu de tirages du modèle du vivant de François Pompon. Voici donc un bref tour d’horizon de notre sélection de sculptures des XIXe et XXe siècles, qui je l’espère saura surprendre collectionneurs et conservateurs présents sur cette prestigieuse foire. Bienvenue sur notre stand !

Nicolas Bourriaud