PÊCHEUR À LA COQUILLE N° 3 (1857)

Jean-Baptiste CARPEAUX

Chef modèle, fondu en six sections, de l’atelier Carpeaux en bronze à patine brun nuancé, non signé
Fonte du vivant de l’artiste
H. 34,5 x L. 19,5 x P. 21,5 cm
Circa 1863

Provenance : Atelier Carpeaux, 39 boulevard Exelmans, Paris XVI ; acquis avec les locaux par la famille du précédent propriétaire.

Oeuvres en rapport : Le Marchand de poissons ; Ugolin (esquisse de la villa Médicis).

Bibliographie : M. Poletti, A. Richarme, Jean-Baptiste Carpeaux sculpteur : catalogue raisonné de l’œuvre édité, Paris, 2003, p.64, modèle référencé sous le n° SA11. Sous la direction de Édouard Papet et James David Draper, Carpeaux 1827-1875 Un sculpteur pour l’empire, exposition : New York, The Metropolitan Museum of Art 10 mars – 26 mai 2014, Paris, musée d’Orsay 24 juin – 28 septembre 2014, page 55 à 65.

 

 

Description

1856 : dès son arrivée à la Villa Médicis, Carpeaux est confronté au règlement. Chaque année, pendant ces cinq ans à Rome, il devra expédier à Paris un « envoi » témoignant de son zèle et de ses progrès. Aussitôt fait : il se distingue en sculptant le Pêcheur à la coquille. Bien que réalisé à Rome en 1857, le modèle de notre bronze est inspiré du souvenir d’un jeune garçon sur une plage napolitaine observé par le sculpteur un an plus tôt. Exécuté de manière très réaliste, cet enfant portant à son oreille une coquille vide est aussi un hommage de Carpeaux au Jeune pêcheur dansant la tarentelle de Francisque Joseph Duret et au Pêcheur napolitain jouant avec une tortue de François Rude présenté au Salon de 1829. Le sculpteur doit également son inspiration à diverses sources empruntées à la statuaire gréco-romaine (Spinario ou Tireur d’épine) ou à la sculpture classique (Jean-Baptiste Pigalle, Mercure attachant ses sandales).

Ce sujet anecdotique empreint de naturalisme vif et réjouissant apporte un souffle nouveau à la sculpture du XIXème siècle. Carpeaux concentre son attention sur le jeu souple des muscles, les boucles foisonnantes du modèle et son sourire irrésistible. Très satisfait de son travail, il inonde sa famille et ses amis de lettres où il souhaite faire partager son enthousiasme. Il crie victoire auprès de Laurent : « Réjouissez-vous, mon cher, car votre ami Carpeaux vient de faire une figure qui me vaut tous les suffrages de mes collègues. C’est une grande victoire qui me découvre un avenir brillant… Hébert m’assure que ma statue peut supporter le voisinage de mon maître Rude, je n’ose y croire ! ».

Expédiée en plâtre à l’École des Beaux-Arts avec les envois des autres élèves, sa figure ne rencontre cependant pas le succès escompté auprès des membres de l’Institut. On lui reproche son pittoresque et le fait de n’avoir pas choisi un sujet plus élevé. Refusant de vendre son plâtre à l’État, il en fait tirer deux bronzes grandeur nature par Thiébaut dont un exemplaire présenté au Salon de 1859 est acquis par le baron James de Rothschild. Il en résultera trois marbres dont un exemplaire est exposé au Salon de 1863 et acheté par l’impératrice Eugénie. Si la critique désapprouve le sujet, le public, au contraire, le plébiscite largement ; fort de ce succès, Carpeaux lui imagine un pendant en 1863, la Jeune fille à la coquille.

L’édition du Pêcheur est d’abord exploitée dans la version nue, en bronze, dans la grandeur originale dès 1860, puis dans la réduction Le Pêcheur à la coquille, n° 3, à partir de 1863 ; les premiers tirages sont fondus par Victor Thiébaut, puis par l’atelier avec ou sans marque de fondeur (F. Barbedienne, Delesalle & Cie). Les premiers exemplaires se caractérisent par la complète nudité du jeune garçon, tel que sur le modèle initial et le bronze du Salon de 1859. Un filet de pêche est ajouté par la suite, reposant pudiquement sur la cuisse gauche de l’adolescent accroupi.

Ce chef-modèle pour la fonte au sable de la version nue du Pêcheur à la coquille, qui se caractérise par les clavettes et les joints du montage apparent, date certainement des premières années de l’édition du modèle dans cette taille. Deux autres exemplaires en bronze sont recensés : l’un conservé à Birmingham, Birmingham Museums & Art Gallery (Inv. P92’47), l’autre, épreuve d’artiste, à Monaco, dans la collection Ginépro.